Alors que depuis 6
heures du mat, j'avais parcouru sans en omettre une seule, chaque petite ligne
de la longue liste des tâches à faire, arriva -enfin- le moment de ranger les
restes de pâtes qui m'avaient servi à faire la série de boutons destinés aux
jolis sacs en trapilho de notre amie Mamie Ben et qui, sous un carré de
cellophane loin de toutes poussières attendaient leur tour,.. depuis un certain
temps déjà !

Ces pâtons et micro restes de canes chocolat et turquoise, nacrées et
translucides, n'étaient pas assez conséquents pour en sortir quoi que ce soit.
Du moins, tels qu'il semblaient être, pauvres petits tas ridicules, perdus au
milieu de leur trop grande planche en formica..Au moment de me déplacer -en
crabe- pour arriver à mes fins et faire passer cette longue planche par une
porte très étroite avec les bras étirés au maximum, un petit pot à confiture,
vide, attira mon attention !
Mais bien sur ! Que voilà une agréable façon de les recycler autrement
qu'en pâte "beurk" ! Vous savez? Celle qui sert à nourrir les âmes des
perles, entre autres usages...
Aussi tôt dit, aussi tôt fait...
Le temps d'attraper mon rouleau en inox, une lame et quelques accessoires (dont
une réserve conséquente de mon breuvage noir, équitable préféré) et me voilà
prête pour joindre l'utile à l'agréable, Prète à entamer la réalisation d'un
petit bidouillage comme je les aime, sans prétention et rapide, un truc sympa
pour me détendre après une looongue séance de ponçage minutieux et la
vitrification d'un joli tas de micro boutons sans trous, montés sur inox
Je vous montre le résultat, pas les boutons, mais du pot devenu
boite ?



(diam 6x11 cm)
Et hop ! voici un joli pot hermétique et qui, bien campé sur ses 4
petites pattes, est maintenant prêt à escalader une étagère ! Demain, si
j'ai un peu de temps de rab, je lui rajouterai peut-être un serti métallique
turquoise, à incruster là, dans les gorges que j'ai modelées en haut et en bas
ainsi que autour du petit bouton du couvercle...
Ne restera plus qu'à l'apporter ensuite dans le rayonnage joyeux et coloré
des déco fun de ma boutique sur ALM...
Et on verra demain, si le soleil se lève ici comme
ailleurs...
Un autre ailleurs, parmi d'autres et pourtant...
Comment ne pas être dans l'attente de signes d'apaisement en côte d'Ivoire,
où j'ai tant d'amis qui galèrent ? Je pense tout particulièrement
aux"kadjivoires" de la Villa Kadji Gnontti, leurs familles et villages de
brousse, à Sahidrou dans la région de Man, ou à Bassam, ou encore à Abidjan, à
Youpougon ou bien même, à Plateau
Tous espèrent depuis si longtemps, un vrai changement et surtout, après des
décennies de galère, espèrent pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants
dans un monde moins corrompu...
Constat : quelque soit la distance qui nous sépare, nos besoins sont
identiques, nos désirs aussi, pas vrai ?

Mes pensées vont vers toi Jicéo, mort pour rien, il y a exactement un an, la
veille de ton arrivée en Ardèche, alors que tu avais ton passeport et ton
ticket d'avion en poche, faute d'avoir reçu des soins à temps...
Je pense à tous mes amis ivoiriens, morts avant d'avoir atteint 40 ans, ou même
trente ans, morts dans l'indifférence générale...Fatalité africaine !
je pense à tous mes amis ivoiriens, essayant de se "caser" en France, en
Italie, en Espagne, juste pour avoir des papiers et pouvoir bouffer un peu tous
les jours...
Je pense à leurs enfants, restés au pays, parfois dans de la famille éloignée
où ils grandissent cahin-cahan quand ils ne meurent pas du palu ou de diarrhée
ou de manque d'attention, tout simplement...
Je pense à Marja la fille de Ziblor, qui elle va à l'école car même si son père
est analphabète lui a compris que l'instruction pourrait la sauver,
peut-être...Alors pour sa fille unique il se saigne en faisant des petits
"gombos" ici et là, ou en partant des mois au loin, pour des contrats de
musicien et souvent dans le cadre d'échanges culturels, à "Bengué" (la France)
ou ailleurs, d'où bien souvent à part des souvenirs, il ne ramènera que peu ou
pas d'argent du tout, en réalité car l'exploitation de l'homme par l'homme n'a
jamais cessé vraiment depuis que le monde est monde et c'est bien
commode...
Le joug de l'homme imposé à l’homme est toujours insupportable, ici ou ailleurs... Pas de pot, le labyrinthe ne s'y fera jamais !